Pour cette nouvelle édition du Muslim Women’s Day, la journée internationale des femmes musulmanes qui a lieu chaque année le 27 mars, l’association féministe et antiraciste Lallab publie le rapport « Femmes Musulmanes contre les Violences Sexistes et Sexuelles en France » (88 pages).
Les femmes musulmanes demeurent un des angles morts des enquêtes, ressources et outils existants sur les violences sexistes et sexuelles en France.
Il y a donc urgence à placer les récits des femmes musulmanes au cœur des politiques de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Analyser la question des violences sexistes et sexuelles sans prendre en compte les biais des positionnements épistémologiques dominants, patriarcaux, racistes et islamophobes, contribue à renforcer le continuum des violences que subissent les femmes musulmanes.
Ce rapport s’attèle à déconstruire ce rapport aliénant aux savoirs, et explore les violences sexistes et sexuelles de manière holistique à travers des référentiels décoloniaux, féministes et religieux.
Il apporte des pistes de réflexions à ces différentes questions, décortique des termes et concepts clés, et propose des recommandations pour agir contre les violences.
- Quels sont les facteurs, stéréotypes, comportements, mécanismes institutionnels qui créent un terreau fertile aux violences ? À quoi ressemble l’iceberg des VSS pour les femmes musulmanes en France ? Quels sont les obstacles qui nous empêchent de parler et qui nourrissent la loi du silence et de la honte ?
- Quel est l’impact des VSS sur la communauté musulmane ? Comment pouvons-nous faire communauté, corps avec les victimes et survivantes et mettre fin aux VSS ?
- Comment l’islamophobie genrée et son institutionnalisation en France constitue à elle seule un continuum de violences sexistes et sexuelles islamophobes ?
- Que se passe-t-il lorsque la misogynoire rencontre l’islamophobie ? Comment se manifestent les violences sexistes et sexuelles contre les femmes musulmanes noires ?
- Comment peut-on faire de nos enseignements religieux le levier et le moteur de nos luttes contre les violences sexistes, sexuelles et islamophobes ? Pourquoi lutter contre les VSS est un devoir religieux est une force pour notre communauté ?
- Quelle est la place des enfants dans notre communauté et quelles sont les implications de notre responsabilité collective face aux VSS que subissent les enfants ?
- Comment renverser la culture de la honte et créer des espaces, des mécanismes et des pratiques sociales qui permettent d’exposer les injustices ? Comment nous responsabiliser et nous solidariser avec les survivantes à toutes les échelles de la société ?
Le dossier se veut aussi et surtout un outil pour les victimes et survivantes, pour les accompagner dans le démantèlement des obstacles à leurs chemins de guérison et donner des pistes pour reconnaître les VSS, les démarches pour les signaler, les différentes manières de trouver de l’aide et de faire valoir leurs droits.
Ce rapport s’appuie sur une méthodologie de production de savoirs articulée par Lallab, ‘Savoir, Pouvoir, Agir et Prendre Soin’ (2025).
Quand l’islamophobie entrave la parole des femmes musulmanes
Lallab constate que les femmes musulmanes sont confrontées à une loi du silence généralisée lorsqu’elles osent parler. De la police aux services sociaux, en passant par certaines associations féministes, elles sont souvent renvoyées à leur foi, à des stéréotypes racistes, islamophobes ou encore à une prétendue incompatibilité entre leur engagement féministe et leur identité religieuse. Résultat : elles se retrouvent isolées, sans recours et privées des protections auxquelles elles ont droit.
Pour les femmes musulmanes, ces violences sont exacerbées par un système qui refuse de les voir, de les entendre et de les protéger.
Lallab met également en garde contre l’instrumentalisation des VSS à des fins islamophobes et sécuritaires. Trop souvent, les violences subies par les femmes musulmanes sont utilisées pour justifier des politiques liberticides qui visent davantage à contrôler leurs corps et leur présence dans l’espace public qu’à réellement les protéger. Cette récupération détourne l’attention des responsabilités systémiques et contribue à renforcer l’isolement et la précarité des survivantes.
contact presse : presse@lallab.org